Sur l'utilisation des images dans l'enseignement des lettres.
Notons d’abord que l'image fonctionne selon une approche globale. La "force" de l’image tient en effet au fait qu’elle est perçue synthétiquement, sans le filtre d’un code linguistique. Elle éveille nos affects, suscite nos émotions. D'ailleurs Plutarque le mentionne dans la Vie de Brutus, quand il relate le moment où Porcia, son épouse, doit être séparée de lui :
"Elle s'efforçait de cacher l'extrême douleur qu'elle ressentait, mais en dépit de tout son courage, un tableau l'amena à se trahir ; le sujet était tiré de la littérature grecque ; Hector était reconduit par Andromaque qui recevait de ses mains leur petit enfant et avait les yeux fixés sur son mari. La vue de cette peinture qui rappelait à Porcia son malheur, la fit fondre en larmes, elle alla la regarder à plusieurs reprises dans la journée et chaque fois elle pleurait."
Les neurosciences nous apprennent que l'image est perçue par notre cerveau droit, siège des émotions et des perceptions globales. On commencera donc par une approche spontanée pour permettre aux élèves d'exprimer ce qu'ils ressentent.
Face à la diversité et à l'hétérogénéité des élèves d'une part et à l'augmentation du niveau d'exigence des programmes, les enseignants se trouvent parfois démunis. L'image, qui provoque un intérêt et une réaction immédiats sans les réticences que les élèves éprouvent devant les textes, peut être un recours. Elle permet de mettre en appétit, appelle le jugement personnel, est facile à mémoriser, rend plus facile la fixation des savoirs ou l'appropriation des catégories du temps et de l'espace. Elle donne vie aux textes, développe l'esprit critique. Grâce à elle, les élèves peuvent s'approprier le passé, construire leur culture, accéder plus facilement aux cultures étrangères, affiner leur goût.
S'il est donc plus facile pour les élèves d’entrer dans le monde de l’image que dans celui du texte, cela ne veut cependant pas dire que l’image soit transparente : elle doit être lue comme un discours structuré et nécessite un apprentissage progressif. L'image est un langage, un texte visuel qui utilise des codes traditionnels. En effet, la photographie de presse, par exemple, ou la publicité argumentent plus qu'elles n'informent grâce au recours à des figures de rhétorique (métonymie, synecdoque, antithèse) qu'il est plus facile de faire percevoir aux élèves. Le dessin de presse, qui doit délivrer le maximum d'informations dans un minimum de place, utilise également beaucoup les symboles, les stéréotypes et les figures de rhétorique.
jeudi, juillet 27, 2006
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